La Contre-Nature de Chrysippe Tanguay, écologiste

Création : Comédie des Deux-Rives, (Ottawa, 1980), Centre National des Arts du Canada (Ottawa, 1982), Théâtre d'Aujourd'hui (Montréal, 1983)

no translation/pas de traduction

  • Publiée en français chez Leméac Éditeur (1984)
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    « La pièce est d'une intelligence rare, elle ne contient ni moralisme, ni retenue. Tout y est clair, dans un monde de jeu,et de fantasmes... La pièce de Bouchard est une vraie pièce homosexuelle, la première qui nous soit donné de voir dans le théâtre québécois...
    Robert Lévesque, LE DEVOIR,
    Novembre 1983 »
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    Synopsis

      Par un jeu psychodramatique de tous les instants, deux homosexuels ayant le couple comme idéal de vie tentent de conférer à leur quotidien une vision homérique. Ils voient leur désir d'adopter un enfant se heurter à leur perception fantasmatique des femmes qui ont marqué leur existence.

      By a psychodramatique game, two homosexuals having the couple for ideal of life try to confer on their everyday life a Homeric vision. They see their desire to adopt a child collide with their fantastical perception of the women who marked their existence.

    Personnages/Characters

      Louis "Chrysippe" Tanguay
      Annonceur de météo et époux de Laïos

      Jean "Laïos" Lapierre
      Garagiste et époux de Chrysippe.

      Diane
      Agente d'adoption jouant la gouvernante Marie, une religieuse, la mère de Jean, la mère de Louis et la belle-mère de Louis, l'ex-amie de Jean, la défunte femme de Louis.

    Créations



    • LA CONTRE-NATURE DE CHRYSIPPE TANGUAY, ÉCOLOGISTE, Première version créée à le 4 novembre 1980 à La Comédie des Deux rives de l'Université d'Ottawa dans une mise en scène de Isabelle Cauchy avec Jacques Désy (Chrysippe, Patrice Coquereau (Laïos), Diane Fortin, Julie Burrought, Chantale Lavallée et Louise Matte (toutes les quatre jouaient Diane).



      Sur la photo, Patrice Coquereau (Laïos) et Julie Burroughs (Diane/Religieuse). La Contre nature de Chrysippe Tanguay, écologiste. Comédie des Deux Rives. Université d'Ottawa,1980.

      Extrait:"Encore au lit? Debout! Il y a une heure que vous devriez être dans la grande salle en train d'y laver les planchers. Laïos, debout! Qui a couché avec vous? Qui a couché avec vous? Mon dieu! Quelle puanteur!v Quelle orgie! J'aurais les mains en sang que vous ne comprenderiez rien encore. Savez-vous ce que la Bible raconte à ce sujet? Diane/La Religieuse.

    • LA CONTRE-NATURE DE CHRYSIPPE TANGUAY, ÉCOLOGISTE, Deuxième version créée le 19 octobre 1982 au Centre national des Arts dans une mise en scène de Yves Desgagnés avec Paul Latreille (Chrysippe), Patrice Coquereau (Laïos) et Anne-Marie Cadieux (Diane.)


      Sur la photo, Anne-Marie Cadieux (Diane) et Patrice Coquereau (Laïos). Centre national des arts, octobre 1982.

      Extrait:"J'avais découvert l'amour à douze ans couché avec un bum dans le dortoir de l'école de réforme. Tout ce que je comprenais c'était la tendresse. J'avais reçu la première tendresse de ma vie. Après je me suis mis à chercher cette tendresse-là. J'ai compris assez vite que la tendresse avait ses techniques. Ça fait que je faisais le plus de "technique" possible avec le plus de monde possible. Après, j'ai rencontré Chrysippe.". Laïos/Jean.


      Affiche de la dernière version créée le 2 novembre 1983 au Théâtre d'Aujourd'hui dans une mise en scène de André Brassard avec Daniel Simard (Chrysippe), Marc Bélan (Laïos)et Anne Caron (Diane).

    • LA CONTRE-NATURE DE CHRYSIPPE TANGUAY, ÉCOLOGISTE , Dernière version, mise en scène de André Brassard.Théâtre d'Aujourd'hui, Montréal, novembre 1983.



      Sur la photo, Daniel Simard (Chrysippe/Louis Tanguay). Théâtre d'Aujourd'hui, 1983.

      Extrait:"Quand la police est arrivée, y t'ont trouvé caché dans le placard. Y ont dessiné le profil d'Alice, ta femme, avec un craie. T'as pris la craie pis sur le profil, t'as dessiné les yeux, la bouche, les seins, le ventre d'Alice. T'as rajouté un pénis, des testicules, pis t'a écrit sur le ventre "Sébastien". Après tu t'es mis à brailler devant ton chef d'oeuvre. Y a un photographe du journal où tu travaillais qu'y a mis sa main sur ton épaule pis y t'a dit; Braille pas chum, à c't'heure, t'es une vedette!" LAÏOS.

    La critique

      "Voici un texte dense, exigeant et tout à fait prenant. Loin de raconter une histoire, l'auteur explore plutôt les nombreuses strates qui constituent les personnages. L'action oscille constamment entre la réalité et la fiction, le mythe et la vie... Voici du théâtre qui sort de l'ordinaire, un texte riche dont il difficile en peu de temps de cerner toutes les profondeurs et toutes les résonnances." Danielle Charbonneau, A L'AFFICHE,Radio-Canada, 20 octobre 1982

      "UN HOMMAGE AU FÉMININ! Cette pièce touche un problème vaste et profond. Ce besoin offessionnel de se créer un univers peuplé de fantasmes n'est-il pas constitutif d'un masculin que la culture a fabriqué!Petits chefs! Petits héros! Demiurges, génies créateurs, mégalomanes, despotes, tous plus ou moins atteints de schiziphrénies... Et si le drame ne bascule pas dans la folie meurtière, comme certains l'auraient souhaité, c'est précisément parce que le féminin est porteur d'une puissance de vie qui vient à bout des forces morbides.", Danielle Zana, LIAISON, janvier 1983

      "Cette pièce se révèle être un formidable voyage intérieur, un psychodrame de premier ordre." Timothy Ross Wilson, SORTIE, janvier 1983


      "UNE PIECE TOUT A FAIT FASCINANTE!... La pièce est d'une intelligence rare, elle ne contient ni moralisme, ni retenue. Tout y est clair, dans un monde de jeu,et de fantasmes... La pièce de Bouchard est une vraie pièce homosexuelle, la première qui nous soit donné de voir dans le théâtre québécois..."
      Robert Lévesque, LE DEVOIR, 9 novembre 1983

      "Tout au long de la pièce, nous évoluons dans un univers étrange et fascinant qui nous fait vivre les peurs, les fantasmes, les passions et les haines de ses trois personnages qui se confrontent entre l'imaginaire et le réel, le théâtre et la vie. C'est l'emprise du jeu, du refus inconditionnel de l'être et de sa problématique ontologique... Le texte est dense, très dense, sans inutilités, il m'a tenu au bout de mon souffle du début à la fin. J'ai rarement rencontré un monde aussi près de l'humain, aussi tendre-violent, dans et par un texte dramatique." Jean-Pierre Bonhomme, LA PRESSE, 30 novembre 1983

      "LA PIÈCE QUI CHOQUE ET QUI DÉRANGE!"Carmen Montessuit, JOURNAL DE MONTRÉAL, 21 novembre 1983

      Entrevue avec André Brassard, La Presse, 21 novembre 1983


      Cette pièce marque la première collaboration avec le grand André Brassard. Michel Marc collaborera deux autres fois (Les Feluettes et Les Muses Orphelines.)

      "On pourrait croire avec tout l'arrière plan mythologique des pièces de Bouchard, que la lecture et le jeu en sont lourds, lourds comme les tragédies grecques. Pas vraiment. L'humour et les transformations du personnage de Diane, donnent à ce théâtre des moments de légèreté..."André G.Bourassa, LETTRES QUÉBÉCOISES,1987

      "... Les différences entre le rêve et la réalité, les distorsions entre l'imagaginaire et le palpable, les compromis entre le passé à oublier et le futur à ériger, l'entrechoquement démesuré entre la fuite dans le temps et l'aliénant quotidien, sont autant d'éléments dramatiques qui, conjugués les uns aux autres, finissent par nous investir profondément et nous rejoindre à l'intérieur de tout ce que nous portons comme contradictions, de dualité, de folie et de réalisme à la fois.

      L'écologiste Louis Tanguay, au-delà de sa volonté de gouverner les astres, rejoint l'amoureux Chrysippe dans son rêve de faire lui-même un enfant.

      Le poète a imaginé un personnage total et complet, un dieu fait homme ou un humain surélevé à une puissance infinie. Il y a dans tout cela une logique tellement limpide et tellement idéale à la fois, un grand rêve tellement absolu qu'il faut lui imposer une punition, le châtiment que l'on réserve à tout ce qui est Démesure..."

      Yves Dubé, extrait de la préface du livre.

    Laïos et Chrysippe/Mythologie

      On dit de Laïos, roi de Thèbes, qu'il fut le premier à apporter aux Grecs l'amour des garçons, mais certains attribuent cela à Minos, roi de Crète. Il est connu que lorsque Laïos était trop jeune pour régner, ses cousins Amphion et Zéthos se saisirent du pouvoir. Pour sauvegarder sa vie, il s'enfuit en pleine nuit aidé par des sujets loyaux. Il chercha refuge à Pisa, une terre voisine. Là régnait Pélops qui l'accueillit chaleureusement. Les années passèrent, et Pélops confia à Laïos, devenu adulte, son fils bien-aimé, Chrysippe, " Cheval d'or ", afin qu'il lui enseigne la conduite du char. Ce que fit Laïos, mais il tomba follement amoureux du beau jeune homme. Ils partirent ensemble aux jeux néméens, pour prendre part aux courses de char, et là Laïos enleva le garçon. Amphion et Zéthos avaient alors disparu, Laïos pouvait donc rentrer à Thèbes. Il y emmena Chrysippe par la force, pour faire de lui son amant. Il ne faudrait pas croire qu'il ait été aveuglé par son désir : " Je comprends bien ce que j'ai fait ", disait-il sans conviction pour excuser ses actes, " mais la nature m'y force. "

      La garçon ne vécut pas longtemps. Certains disent qu'il se tua par honte d'avoir été violé, d'autres accusent la femme de Pélops, Hippodamie, " Dresseuse de chevaux ". On dit qu'elle avait peur que Chrysippe n'hérite du trône de Pélops, au détriment d'Atrée et Thyeste, ses propres fils. Décidée à conserver le trône pour sa famille, elle et ses fils se rendirent à Thèbes pour se débarrasser de cette menace. Une fois arrivés, elle essaya de les persuader d'assassiner le garçon en le jetant dans un puits, mais ils refusèrent, arguant de leur statut d'invités et craignant de briser les lois de l'hospitalité. Furieuse, Hippodamie fit irruption dans la chambre de Laïos et Chrysippe en plein milieu de la nuit, alors qu'ils dormaient tous deux. Elle arracha l'épée de Laïos du mur, et la plongea dans le ventre du jeune homme. Les habitants accusèrent immédiatement Laïos de ce forfait, mais Chrysippe avait reconnu Hippodamie dans sa fuite et de son dernier souffle innocenta le roi. Pourtant Atrée et Thyeste s'emparèrent du royaume et jetèrent le roi dans un cachot pour avoir violé le garçon, méfait qui fut désormais connu dans toute la Grèce sous le nom de " crime de Laïos ".

      Pendant ce temps, Pélops avait rassemblé une armée et marchait sur Thèbes pour ramener son fils. En arrivant à la cour de Laïos, il trouva le roi emprisonné et son fils assassiné. Aucune parole n'aurait pu exprimer sa tristesse d'être arrivé trop tard pour sauver son fils, et pourtant il épargna la vie de Laïos. Il avait compris qu'un irrésistible désir avait poussé celui-ci à enlever le garçon. Cependant, ce père au cœur brisé appela sur Laïos une terrible malédiction qui devait, tel un sombre nuage, s'étendre sur lui et ses descendants jusqu'à la troisième génération. Le dieu Apollon, protecteur des jeunes hommes et des garçons, avertit bien le roi de Thèbes de ce qui l'attendait : " Tu ne dois pas avoir de fils ", dit l'oracle d'Apollon quand Laïos vint à Delphes demander pourquoi sa femme ne lui avait pas encore donné d'enfant, " car sinon, ce garçon tuera son propre père et il en occupera le lit ". Au début, la peur rendit Laïos prudent, mais sa femme, lassée d'être négligée, le saoula une nuit, et il paya de sa vie le prix de sa désobéissance au dieu. Son fils Œdipe paya encore plus cher.

      Mythographer's Comments

      These Greek myths are based quite closely on ancient fragments, materials until now passed over by modern mythographers. The sources range from poets to historians to playwrights and early Christian polemicists. Thus the form of the stories should be seen as a late one, incorporating in many cases Roman sensibilities.

      Of course there has never been any one "true" version of any of these stories, as they were told and retold over a span of at least two thousand years across a region ranging across three continents, from the Black Sea to the shores of North Africa, an area now occupied by such countries as Bulgaria, Greece, Turkey, Egypt, Italy and others. Nonetheless, the myths collectively reflect a world view in which male love was wholly compatible with living life in a sacred way, a path to heroism and divinity.

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